27.06.2017
Interview avec l’armée kurde syrienne
2012-10-09 09:29:00
Yazdir

Les kurdes syriens ont désormais leur propre armée qui se dit être basée sur la légitime défense. Le nombre de ses membres  est un « secret militaire », mais selon certaines sources, il dépasse déjà la barre des 10 mille militants armés.

« Nous ne sortons pas en dehors de nos secteurs pour lancer des attaques à qui que ce soit. Mais en revanche, s'il le faut, nous sommes prêts à lutter contre le monde entier pour protéger les territoires kurdes » résume Sipan Hamo, un responsable de des Unités de défense du peuple (YPG), créées « officiellement » le 20 juillet 2012.

Il avertit qu’en cas d’une intervention de la Turquie contre la région kurde, la résistance sera grande, tout en soulignant : « Nous n'avons aucun problème avec les turcs. »

* Le YPG est-il formé dans toutes les villes de la région kurde? Les frontières du Kurdistan syrien sont-elles toutes protégées par le YPG ?

Bien qu'il soit moins bien organisé dans certaines régions, le YPG est bel et bien formé dans toutes les villes. De Dérik jusqu'à Afrin, toutes les frontières turque, arabe et du Kurdistan du sud sont gérées et protégées par le YPG.

* Pouvez-vous donner un effectif à propos des forces du YPG ? Quelle est la tranche d'âge nécessaire pour y être membre et y a-t-il des participations d'autres peuples hormis les kurdes au sein du YPG ?

Étant un secret militaire, nous ne pouvons malheureusement pas spécifier un effectif mais notre objectif est d'atteindre un maximum de personnes.  Trois millions de personnes vivent au Kurdistan occidental (terme utilisé par les kurdes pour designer la région kurde en Syrie) et nous sommes implantés dans une zone qui bouille. C'est pour notre défense que nous voulons accroître notre puissance. Notre objectif est grand, nous voulons créer une armée. Dans ce contexte, nous avons formé des brigades à Afrin et à Qamishli, et bientôt à Dérik.

Seules les personnes ayant entre 18 et 30 ans ont la possibilité d'en faire partie. À l'instar des hommes, les femmes sont toutes autant intéressées d'intégrer le YPG. Et ce sont de ces jeunes femmes et hommes qu'est formé le YPG. Lors de la formation de nos forces, nous avions bien annoncé être des unités de défense du Kurdistan occidental, organisés pour défendre les intérêts nationaux du peuple kurde et avions lancé un appel aux jeunes de tous les peuples à participer au YPG. Ainsi, avec les kurdes, beaucoup d'arméniens et d'assyriens nous ont rejoint et un nombre important de jeunes arabes ont fait une demande de participation. En bref, nous pouvons constater l'intérêt que portent les autres peuples au YPG mais pas à un niveau souhaité. Les gens ont peut-être des doutes, ou alors nous nous sommes pas bien expliqués. Néanmoins, nous continuons de travailler avec résolution pour que le taux de participation des jeunes des autres peuples augmente. Ainsi, nos centres d'application situés à Dêrik, à Kobani et à Efrîn continuent à connaître un vif intérêt.

* Quelle est la hiérarchie au sein du YPG ?

Le YPG est organisé en fonction du système militaire. Il est question d'un système de commandement et de contrôle de bas en haut. Le plus haut siège social est composé de 7 personnes. Ces 7 femmes et hommes sont tenus responsables de toutes les forces du YPG. Il existe des commandements de brigade régionale et provinciale, mais aussi des unités plus restreintes au sein de ce même commandement.

* Depuis la création du YPG, quelles ont été les contraintes rencontrées ?

Suite au génocide du 12 Mars 2004 réalisé à Qamishli par le régime syrien, nous avons eu besoin de former la jeunesse du Kurdistan occidental à l'armée.  C'est dans ce contexte que nous avons fait un pas en avant mais nous avons éventuellement rencontré des difficultés. Les offensives de l'Etat étaient beaucoup trop nombreuses et beaucoup de nos amis ont été emprisonnés. Nous n'avons à ce jour toujours pas reçu de nouvelles de nos 30 amis tombés sous le joug de l'Etat. Nous ne savons même pas s'ils sont toujours en vie. Nous avons gardé nos travaux secrets jusqu'au 'printemps arabe'. Les révoltes qui ont eu débuté au Nord de l'Afrique et au moyen Orient nous ont donné plus de temps et ont permis une meilleure organisation. Alors nous avons élargi notre organisation à une plus vaste zone. Le peuple nous a vite adopté et soutenu.

Cependant, certaines structures politiques voulaient nous freiner et nous empêcher d'atteindre notre objectif. Il faut bien noter qu'aucun  parti politique nous a soutenu. Nous sommes arrivés jusqu'ici par nos propres moyens mais certains tentent toujours de nous renverser. Pendant que certains essayent de nous attirer dans des contradictions politiques, d'autres nous montrent comme une force armée différente de ce que nous sommes. Mais le YPG est une unité de défense du Kurdistan occidental et n'est lié à aucun parti politique. Notre seul but est de défendre. Et c'est avec l'objectif de défendre tous les peuples vivant au Kurdistan que nous faisons des actions. Nous intervenons en cas d'attaque, en essayant de résoudre les problèmes. Je vous donne quelques exemples.

Nous avons pris des mesures de rétorsion suite au massacre du quartier Seikh Maqsoud de Halep. Nous avons également retrouvé puis arrêté les assassins d'un docteur que nous ne connaissions même pas, tué à Afrin. De plus, contre la condamnation d'un kurde à Kobani, nous avons eu des actions décisives face au régime de bases militaires. Ou encore des actions contre les emprisonnements des jeunes kurdes à Qamisli. En soit, nous menons une lutte générale contre l'intervention étrangère. D'Afrin jusqu'à Dérik, nous avons saisis les institutions de l'Etat puis nous les avons livré à la volonté civile. Malheureusement, douze de nos compagnons sont tombés martyrs pendant cette lutte.

* Quelle relation entretient les forces du YPG avec l'armée de Bachar al-Assad dans des villes kurdes comme Qamishli dont le contrôle n'est pas encore totalement entre les mains des kurdes ?

Il n'y a aucune relation, de quelque sorte que cela soit, entre les forces du YPG et l'armée syrienne. La ville de Qamishli a une particularité, c'est ici que nous voulons que le processus de la gestion du peuple finalise.  En revanche, nous ne souhaitons pas que ce pas cause des préjudices à la population. Nous voulons obtenir des résultats positifs, et minimiser les pertes. Chaque chose a un prix, mais nous avons comme objectif de minimiser les pertes, c'est ainsi que nous faisons nos calculs.

*Quel est le niveau de vos relations avec des groupes armées opposants syriens tel que l'Armée syrienne libre (ASL) ?

Entant que YPG, nous respectons l'ASL, nous les considérons comme les révolutionnaires de la Syrie. Comme les kurdes, ils combattent contre le régime répressif qui a opprimé les arabes comme les kurdes. Nous sommes en communication avec eux. En revanche le seul inconvénient est relatif à l'opposition politique, qui refuse de reconnaitre la volonté du peuple kurde. Nous voulons apporter notre contribution à la Syrie de façon volontaire et non avec la force. Les kurdes ont fait énormément de sacrifices, ils ont payés le prix fort ; et s'il est question d'une reconnaissance officielle, et bien ils luttent depuis longtemps contre le régime, bien avant les révoltes populaires.

* Le 30 septembre, il y a eu un attentat à la bombe qui a tué 8 personnes et blessés des dizaines de personne à Qamishli. Cette attaque aurait été revendiquée par l'ASL, et on parle d'une menace probable d'augmentation de ce genre d'action dans la ville. Quelle sera votre position face à  de telles actions qui visent la population civile ?

Nous n’acceptons dans aucune circonstance le fait qu'une force s'installe et lance des actions dans les villes du Kurdistan. Le peuple kurde a sa propre force de défense, donc ce que nous demandons aux autres forces c'est de ne pas utiliser le Kurdistan comme une base (militaire). Qui que cela soit, nous ne tolérons pas ce genre d'action. Par ailleurs, nous enquêtons sur celle-ci.

* Est-il vrai que vous recevez des menaces de la part d'un groupe qui s’appellerait Selahaddin Eyyubi? Si cela est vrai, quelle est la portée des menaces de ce groupe?

Je n'en ai jamais entendu parler pour vous dire. S'ils existent, je leur demanderais alors de se montrer. Nous nous sommes ici, sur place de manière ouverte, et je le répète une fois de plus, nous allons protéger les terres du Kurdistan et son peuple. Nous ne sortons pas en dehors de nos secteurs pour lancer des attaques à qui que ce soit. Mais en revanche, s'il le faut, nous sommes prêts à lutter contre le monde entier pour protéger les territoires kurdes. Nous n'avons de problèmes avec personnes, et en ce qui concerne l'ASL, sa position est connue et nous respectons leur combat contre le régime. Par contre, s'ils viennent lancer ce genre d'action sur les terres du Kurdistan, je tiens à préciser que nous ne les tolérons pas. Nous ne nous cachons pas, nous sommes prêts, peu importe d'où viennent les menaces, nous allons protéger notre peuple en tant que fedayin (celui qui se sacrifie).

* Un des autres points de l'actualité qui vous concerne directement, c'est la tension actuelle entre la Turquie et la Syrie. L'assemblée turque a donné le feu vert à des opérations militaires contre la Syrie. Considérez-vous cette décision comme une menace contre le Kurdistan et quel sera votre position en cas d’une intervention de la Turquie ?

Entant que YPG, nous n'avons aucun problème avec les turcs. Nous ne sommes pas une menace pour les turcs et nous l'avons déclaré au public à plusieurs reprises. Par contre, l'Etat turc entreprend des démarches. Si la Turquie intervient en Syrie par les voies aériennes ou encore sur les villes syriennes qui sont à la frontière, nous n'aurons aucun rapport avec cela. Par contre, je tiens à souligner que les terres du Kurdistan s'étendent d'Afrin à Dérik, et au moindre pas de la part de la Turquie, nous sommes prêts à montrer une grande résistance. Si l'Etat turc est compréhensif et de bonne foi, les kurdes pourraient développés des relations amicales avec leurs voisins, mais dans le cas contraire, il continue d’agir comme « nous interviendrons même sur la Lune, s'il y a des kurdes là-bas », et bien là nous démontrons au monde entier comment nous répliquerons.

* Pour terminer, la Croix Rouge internationale considère la situation en Syrie comme une guerre civile. Dans une telle situation, la Convention de Genève vaut pour tous les protagonistes. Est-ce que vous vous êtes déclaré à la Croix Rouge internationale que vous preniez part à la convention ?

Il est vrai que, malheureusement, la Syrie s'oriente vers une guerre civile. Chaque fraction s'arme. Notre position ici est de tenir les kurdes éloignés de ces tensions, et mener une légitime défense. Je souhaite souligner une chose, nous n'agissons pas seulement en fonction du respect des conventions internationales. Notre compréhension se base sur la légitime défense. Nous ne sommes pas une armée en position d'attaque, mais nous nous basons sur la légitime défense. C'est une des règles de la nature et elle est conforme aux conventions internationales. Nous sommes attachés à cette loi sacrée, et nous la développons.

-Interview également publiée  sur l’agence kurde Firat et le site d’expression Jin Jiyan Azadî.

-Traduction réalisée en collaboration avec Zelal JJA.

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