01.05.2017
Yachar Kemal : Peut-être serais-je aussi enfermé
2011-12-23 21:25:10
Yazdir

Le grand romancier d’origine kurde Yachar Kemal, décoré de la Légion d'Honneur, a dénoncé les arrestations massives sous prétexte de lutter contre le terrorisme en Turquie, affirmant qu’il serait peut-être lui-même enfermé.

« Je ne crois pas aux politiciens, peut-être qu’ils t’enfermeront toi demain, peut-être moi, je l’ignore » a dit l’auteur de Memed le Mince, après avoir reçu vendredi 23 décembre le doctorat honorifique de l'Université des beaux arts de Mimar Sinan à Istanbul.

L’écrivain kurde avait reçu le 17 décembre La légion d'honneur, plus haute décoration honorifique française, lors d’une cérémonie au Palais de France à Istanbul. Déjà nommé au grade de Commandeur dans cet Ordre en 1983, il fait désormais partie des très rares personnalités « à être élevé à la dignité » de Grand Officier,  pour son « humanisme qui a imprégné l’ensemble de son œuvre ainsi qu’à son engagement sans faille en faveur de la diversité culturelle et du dialogue entre les cultures. »

Dénonçant les arrestations politiques dans le cadre de l’affaire KCK (L’union des communautés de Kurdistan), il a affirmé que la Turquie d’aujourd’hui ne tue pas les écrivains mais elle leur fait souffrir des supplices, en ajoutant : « Ma vie est passée en prison, dans la persécution, dans la famine et dans la misère. »

Yachar Kemal avait été condamné en 1996 par la cour de sûreté de l'Etat, devenue aujourd’hui cour d’assise dotée des pouvoirs spéciaux,  à un an et huit mois de prison pour un article intitulé « Le ciel noir de la Turquie » publié en 1995 dans le livre « La liberté d'expression et la Turquie ». Il dénonçait la politique répressive contre les kurdes.  Emprisonné plusieurs fois et torturé en 1950, il continue à écrire et dénoncer à l’âge de 88 ans.

Le KCK est accusé par les autorités d’être la branche politique du PKK qui, selon le premier ministre turc Recep Tayyi Erdogan, œuvre pour un État « parallèle », mais il s’agit d’un « coup politique » pour réduire au silence tous ceux qui critiquent le gouvernement, selon le principal parti kurde BDP et les opposants.

Depuis le début de la campagne d’arrestations dans le cadre de l’affaire KCK, lancée en avril 2009 quelques semaines après le grand succès du parti kurde aux élections municipales, plus de huit milles personnes ont été arrêtées et environ 4 milles d’entre elles sont actuellement en prison, selon des sources BDP, sans compter des milliers d’autres arrêtées pour des liens avec le PKK.

Parmi les personnes qui se trouvent derrière les barreaux de type F, quartier d'isolement sous haute surveillance, pour l’affaire KCK figurent au moins 36 avocats du chef du PKK Abdullah Ocalan, 18 maires et six députés BDP, près de 40 syndicalistes, ainsi que des centaines d’autres élus BDP, des journalistes, des intellectuels, des étudiants et des défenseurs des droits de l’homme.



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